Cet « au revoir » que je n’étais pas prête à dire…

Je ne sais pas si je vais réussir à aller au bout de cet article et à le publier. Il sera probablement décousu, sans queue, ni tête. J’espère que vous m’en excuserez et que vous le comprendrez.

L’écriture a toujours été mon échappatoire, ma thérapie, mon moi intérieur posé noir sur blanc. Sans fard, sans détour, sans filtre. Il y a quelques jours, une quinzaine j’ai arrêté d’écrire. J’ai arrêté le blog, je me suis retirée des réseaux. En dehors de quelques posts qui me permettaient d’extérioriser ma douleur, ma peur, je n’ai rien publié. Je ne m’en sentais pas capable, je ne trouvais pas les mots justes, adéquats. Pour vous parler de beauté, de mode, de mes passions du moment. Tout cela me semblait injuste, superficiel, inutile. Je me sentais impuissante, étouffée, déchirée.

Il y a 3 semaines, un samedi matin, mon portable a sonné. À l’autre bout du fil, Papa, la voix tremblante. « Comment te dire ça ? » Des bribes de phrase résonnent encore dans ma tête. « Mamie a été hospitalisée, Manon. » Insuffisance respiratoire… hôpital… on y va… tu viens ? En face de moi, Mam, qui m’aide à me préparer, à retrouver mon courage. Deux heures plus tard, elle est là, devant moi. Ma petite Mamie. Que la maladie d’Alzheimer a détruite petit bout par petit. Souvenir par souvenir. Impossible de m’approcher, j’ai l’impression que mon corps ne répond plus, que ma tête ne suit plus. Papa et Caroline sont là, je pense à mon petit frère qui est à Lyon, à ma petite soeur de 10 ans, à mes cousines qui nous rejoignent plus tard. Et surtout à Papy. Je me retrouve dix ans en arrière, deux jours avant la St Valentin.

Et puis les heures passent, un prêtre vient procéder à l’extrême onction et je me retrouve à tenir son petit pot d’huile à côté du lit de Mamie. Ça peut vous paraître idiot, mais ces quelques secondes font partie des plus dures vécues ces derniers quinze jours.

Et puis on rentre, l’équipe des urgences est adorable, ils s’occuperont bien d’elle. Dans le train, Papa nous fait rire. Je dois me raccrocher aux bons souvenirs, être forte pour ma famille. Pour ma petite Mamie.

J’y retourne dans les jours qui suivent, à plusieurs reprises. Avec Papa, Mam ou ma tante. Je ne sais pas comment ils font pour tenir, je les admire pour leur courage et la force qu’ils nous transmettent pendant ces journées. Mamie semble aller mieux. Elle est changée de service, les équipes sont toujours aux petits soins et s’assurent de son confort. Elle est plus éveillée, nous tend la main, laisse échapper un rire, parfois un sourire.

Et puis j’y passe un soir après le boulot. « Tu sais, grande, il faut que tu te prépares. Mamie est très affaiblie, rachitique. N’y va pas seule. » Papa est inquiet, je n’y vais pas seule, Maman est là. Je suis prête en arrivant, je m’attendais au pire. Il faut que je tienne le coup, pour ma famille. Ma petite Mamie.

Le lendemain, nous sommes Vendredi 13. Au bureau, au déjeuner, mon patron me prévient « ton téléphone a sonné plusieurs fois, je ne sais pas si tu attendais un coup de fil important…« . Je sais. Papa à l’autre bout du fil, trouve les mots. Je ne sais toujours pas comment il tient le coup et réussit à nous l’annoncer. « C’était mieux pour elle, ma grande. C’est la voix du coeur qui parle, mais on le sait, c’est mieux pour elle. »

Les jours suivants, jusqu’à l’enterrement sont compliqués. J’ai envie d’écrire, de poser mon coeur et ma douleur sur le papier sans succès.

Je choisis de porter le soleil sur moi, Mamie aurait adoré. Et je me moque de ce que les gens en pensent. Je vois sa photo, son sourire lumineux, ses yeux océan et je ne tiens plus. 6 lumignons posés sur sa dernière maison de bois, on t’aime Mamie. Ma petite soeur me bluffe par sa force au début de la cérémonie. Ma tante prend la parole, leur rend hommage de la plus belle des manières, avec ses plus beaux mots, sa plus belle plume et tout son amour. Un baiser posé sur le bois, un « je t’aime » murmuré. La tristesse devient lourde à porter.

Et puis, ils la font doucement descendre dans le caveau familial où a été installé Papy. Si tu savais comme tu me manques. La main de mon frère dans la mienne, celle de ma cousine dans l’autre. Les pétaux de la rose rouge sont du velours. Elle n’a pas d’épine. Papy et Mamie l’auraient adorée. Quelques souvenirs défilent dans ma tête, leurs regards, leurs sourires. Leurs rires. Papy qui siffle. Mamie qui chante. Et cette valse à leurs 50 ans de mariage. Ma rose glisse, suivie d’un baiser et d’un « je vous aime« .

Quelques mots que je ne me souviens pas les avoir entendu prononcer un jour. Mais je le lisais dans leurs yeux, dans leurs attentions pour nous, dans tous ses moments passés avec eux. Les heures dans la voiture à chanter du Piaf et du Barbara avec Mamie lorsqu’elle m’emmenait à la natation. Les pizzas achetées avec Papy sur le chemin du retour de la natation. Cette journée à Disney que l’on m’a racontée tant de fois et où mon seul souvenir est ce hot-dog sur lequel je me suis endormie et que je n’ai mangé qu’une fois rentrée. Les Noëls. Les rillettes d’oie aux marrons. Les bûches de Noël. Les déjeuners en semaine de la 6ème à la 1ère, à regarder le journal télévisé, discuter de tout et de rien. Le saumon à l’oseille avec de la semoule du vendredi midi. Les doigts de sorcière. Le jardin. Les pieds de tomate qui poussent sur le rebord de la fenêtre. Le piano dans la chambre. Questions pour un champion le dimanche soir. La sieste du samedi après-midi avec Papy. Le prénom de Mamie que je porte fièrement comme deuxième prénom. Le potager. Les cerises. Papy qui nous dit oui à tout, nous aide pour tout. Mamie qui se prend pour une pilote de Formule 1. Papy qui l’appelle « Ma Poule« . Mamie qui crie « Henri ! » du haut des escaliers lorsqu’il bricole avec mon frère et oublie l’heure du déjeuner. Leur duo, solide comme un roc, qui me fait rêver d’un amour comme le leur. Leur maison du bonheur. Leur famille. Notre famille. Mon Papy. Ma Mamie.

Encore aujourd’hui, il m’est difficile d’en parler sans que ma voix tremble, sans que les larmes montent. J’ai eu la chance de connaître mes grands-parents et de partager avec eux 23 belles années (un peu moins avec Papy mais c’est tout comme pour moi). J’ai la chance d’avoir grandi au milieu de cette famille qu’ils ont construit. Et je chéris cette richesse chaque jour qui passe.

♥︎ ♥︎ ♥︎

Mamie, Papy,

Aujourd’hui, lorsque je lève les yeux vers le ciel, je sais que vous êtes là, quelque part. Derrière une étoile, un joli nuage. Que vous protéger, que vous veillez sur moi, sur nous, comme vous l’avez toujours fait. Mais je sais surtout que vous vous êtes retrouvés. Et que vous dansez la valse ensemble, que vous sifflez et que vous chantez. Ensemble.

Je vous aime. Vous me manquez

Votre petite fille.

12 commentaires sur « Cet « au revoir » que je n’étais pas prête à dire… »

  1. Ton poste est très touchant; J’ai perdu mon grand père au mois de juillet alors ça me touche d’autant plus… Le plus dur pour moi aujourd’hui est que ma grand mère se retrouve seule. La vie est parfois très difficile. L’important est de garder pleins de bons souvenirs et je vois que c’est le cas 🙂 bises

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    1. Merci beaucoup ! Et désolée pour ton grand-père… quand l’un part et l’autre reste ce n’est jamais facile non plus. Les souvenirs sont effectivement très importants et j’ai la chance d’en avoir énormément avec eux. Ça m’aide à retrouver force et sourire petit à petit ! Bon courage pour la suite 🙂 bises. M.

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  2. Je trouve ton texte très émouvant et bien écrit. J’ai perdu mes grands parents à un an d’intervalle quand j’étais adolescente, ils habitaient à 150 km de chez moi donc je ne les voyaient pas souvent. Aujourd’hui je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de vraiment les connaitre et d’avoir eu des discussions avec eux. Je te souhaite bon courage. Bisous

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    1. Je comprends tout à fait, la distance est toujours très compliqué à vivre quand elle nous éloigne de nos proches. Essaie peut-être de parler d’eux avec des proches qui les ont connus et qui pourront t’en apprendre plus sur eux ou te les faire découvrir autrement 🙂
      Merci beaucoup pour tes mots et belle soirée ! Bisous, M.

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  3. Très bel hommage. Le cycle de la vie est parfois cruel mais le souvenir des êtres aimés réchauffe le coeur et permet d’aller de l’avant.
    Bon courage et un grand Merci pour votre partage!

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  4. Bonsoir,
    Je viens de lire ton article, tellement touchant que je n’ai pas été capable de retenir mes larmes. Je me suis comme retrouvée quelques années en arrière lorsque j’ai perdue « soudainement » ma grand-mère puis par la suite mon grand-père. Surtout qu’on se rapproche de cette période là. Ces moments là sont difficiles à vivre. Vraiment dur mais il faut tenir, trouver la force même si le manque se fait encore et encore ressentir. J’étais proche d’eux, petite je passais le plus clair de mon temps chez eux alors c’est dur. Enfin, tout ça pour dire que je peux comprendre cette période pas facile que tu passes en ce moment. Soit forte. C’est pas facile mais la vie n’est pas tout le temps gentille avec les gens. Encore désolée pour ta mamie et courage, ça ira mieux au fil de temps.
    Bonne soirée à toi !

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    1. Hello Alexandra,
      Un grand merci à toi pour ce message qui me redonne un peu le sourire 🙂
      Je comprends ta tristesse à l’approche de « cette période-là » comme tu le dis. Chaque nouvelle St Valentin est un peu particulière pour moi depuis le départ de mon grand-père. Beaucoup de courage transparait dans tes mots, tiens le coup, ils sont près de toi, sur ton épaule pour te soutenir et te guider 🙂
      Tu as raison, le temps panse toutes les blessures, et les tiennes aussi 🙂
      Passe une belle soirée,
      Encore merci beaucoup pour tes quelques mots,
      M.

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  5. Mes condoléances
    Effectivement, on n’est jamais prêt à dire au-revoir définitivement aux gens qu’on aime
    Alors autant être présent pour les vivants !
    Et l’amour ne se termine jamais, il continue … Autrement ….

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